Corworking en pleine croissance

Corworking en pleine croissance

Le coworking fait face à une crise de croissance en raison d’un développement non structuré.
On assiste actuellement à une explosion du marché du coworking. Parallèlement, la rançon de ce succès est ce qu’on appelle communément la « crise de croissance ». Xavier de Mazenod a expliqué, dans une interview accordée à visionarymarketing, le changement qui s’opère dans ce système.
Xavier de Mazenod est un spécialiste du télétravail et un animateur de la communauté Zevillage. Il affirme que le coworking traverse bien une crise de croissance. La société, de son côté, digère progressivement la révolution du travail à distance qui se décline notamment en tiers lieu, coworking et télétravail. Des nuances de sens sont à distinguer entre ces trois notions, car le tiers-lieu rural s’apparente plutôt à un télécentre tandis que les tiers-lieux urbains constituent des espaces de coworking. Il estime qu’ « il y a un gros appel d’air, énormément de création de lieux, avec à peu près 150 lieux en France et 150 en projet ». D’ici 2014 donc, la France pourrait compter entre 250 et 300 lieux, une estimation déjà élevée pour une échelle nationale. « Je pense qu’on va voir malheureusement des échecs assez rapidement parce que ce développement se fait de manière non structurée », analyse Xavier de Mazenod.
Ce spécialiste du télétravail se réjouit de la situation de la France qui « n’est finalement pas en retard », confie-t-il avec un grand soulagement. Xavier de Mazenod constate que les chiffres utilisés dans les sondages ne sont pas réellement représentatifs. Ceux-ci, présentant le télétravail dans son acception la plus large, font croire que la France est en retard dans ce domaine tout simplement parce qu’il s’agit de vieux chiffres ! Le spécialiste poursuit : « On a publié sur Zevillage une méta-étude faite par le cabinet LBMG Worklabs qui a analysé les statistiques sur le télétravail en France. On s’aperçoit qu’on a à peu près 15% de télétravailleurs en France, ce qui est beaucoup plus que les 6 ou 9% rapportés par les chiffres officiels ».

Il continue en affirmant que l’Hexagone se rapproche des pays européens les plus avancés dans ce domaine. L’animateur de Zevillage souligne toutefois que la situation n’est peut-être pas comparable à celle des pays scandinaves ou américains, « mais n’empêche que l’on est beaucoup plus en avance qu’on croit… ». Il se trouve également que le pays a rattrapé son retard, si on considère qu’il en a eu. De par son côté « neuf » et novateur, le télétravail compte actuellement peu de fonctionnaires. Certes, des agents des collectivités locales commencent à s’y intéresser, mais ceux de la fonction publique sont encore réticents.
Xavier de Mazenod constate également « la prédominance du télétravail gris ». Effectivement, la grande majorité des télétravailleurs exercent sans cadre juridique. La forte demande pourrait être la première explication de cette négligence au niveau du statut des télétravailleurs, toujours selon ce spécialiste. Il confirme dans l’interview : « On a identifié dans l’enquête que nous avons faite dans le tour de France de télétravail que 73% des répondants voulaient télétravailler. » Toutefois, cette étude rapporte aussi que beaucoup ne peuvent pas intégrer le système. Cette deuxième situation s’explique par le refus du manager. Il existe effectivement une loi en vigueur depuis 2012 stipulant l’encadrement du télétravail, le faisant ensuite passer dans le Code du travail. Il poursuit : « d’ici un an ou deux, les DRH seront pressés de régulariser les situations avec des accords d’entreprise et des avenants au contrat de travail ».

L’explosion du marché du coworking présente toutefois quelques mésaventures, surtout pour ceux qui n’ont pas le business dans l’âme. Il en va de même pour les start-ups ne disposant pas de fonds propres ou n’ayant pas mûrement évalué la situation. Le spécialiste du télétravail explique que « les espaces de coworking sont la plupart du temps des démarches de personnes privées, parfois soutenues avec l’argent public, comme la région Ile-de-France, la Seine-et-Marne, l’Ariège, le Cantal, etc. » Cette réalité fait donc que les espaces de coworking intéressent un grand public, notamment de par son mode d’organisation. Toutefois, les espaces de coworking uniquement créés dans ce cadre ne parviendront pas à affronter les réalités économiques. Xavier de Mazenod confie : « malheureusement, nous allons voir aujourd’hui des espaces de coworking fermer, abandonner et renoncer ».

Malgré ce constat, il reste positif quant à l’avenir du coworking et refuse l’idée que cet écosystème se rapproche de sa fin. Effectivement, la crise de croissance n’implique pas sa disparition prochaine. Les demandes ne se feront pas rares dans la mesure où « le travail en commun et en communautés choisies » se révèle productif. Bien évidemment, ceux qui n’ont pas une démarche business et ne sont pas structurés échouent dans ce secteur. D’autre part, des investisseurs institutionnels tels que regus et multiburo contribuent au développement du coworking. La caisse de dépôt et des acteurs publics projette également de mettre en place des espaces de coworking d’envergure à l’exemple du Rocketspace des Etats-Unis. Le projet prévoit de gros espaces de plusieurs centaines ou milliers de m². Ils seront également disposés dans des lieux stratégiques tels que les gares et les aéroports. Xavier de Mazenod insiste : « je ne crois pas du tout que c’est la mort du coworking, c’est une crise de croissance ».
Pour l’animateur de Zevillage, les villes et les périphéries ont d’importants besoins en matière de coworking. Néanmoins, il y a également des besoins auxquels il faut répondre et qui relèvent de projets relativement modestes. « C’est la bande de copains qui se créaient un collectif et qui ont envie de travailler ensemble, qui partagent les frais, soit une sorte de collocation professionnelle et là, c’est tout à fait viable » confie-t-il. Ce phénomène est nécessaire, car il répond à un besoin. Xavier de Mazenod tient en revanche à souligner que « pour que ça fonctionne, il faut une masse critique et que l’espace de coworking soit suffisamment grand. » Il est également nécessaire de bien constituer la communauté et surtout de se lancer dans l’action commerciale. L’orientation business et la démarche commerciale sont des conditions sine qua non pour réussir dans le coworking. Bien que la « bande de copains » soit constituée de personnes compétentes dans leur domaine respectif et qu’elles soient motivées à travailler ensemble, l’absence de ces critères peut s’avérer fatidique. Xavier de Mazenod a cité quelques lieux emblématiques où se situent des « bandes de copains » disposant chacune de leur propre démarche. Le tau, un espace de coworking à Toulouse, est par exemple installé dans un appartement. La bande de copains partage les frais et parvient à travailler ensemble. On retrouve également cet « esprit originel du coworking » à Bordeaux.
D’autres groupes ont eu l’initiative de « mettre un peu de business dans la démarche » à l’exemple de la mutinerie (Paris), soleilles cowork (Paris) et La cordée (Lyon). Cette dernière a d’ailleurs ouvert différents espaces de coworking à Lyon et envisage d’ouvrir un autre centre à la Gare de Lyon. Afin de répondre à la forte demande de la communauté parisienne, La cordée veut aussi créer un espace dans la capitale. Bien que cette démarche soit plus business, elle rejoint toutefois l’esprit du concept. Il s’agit tout simplement d’une sorte de « rationalisation » afin de le rendre « plus efficace ». Xavier de Mazened a également cité La cantine, un espace « plus institutionnel » dans la mesure où il s’agit surtout d’un lieu d’évènements. « Ils ont réussi à en faire une franchise et un label qu’ils ont vendu en province. Ils sont également en pleine évolution, car curieusement ils pratiquaient peu le coworking, sauf le coworking de passage », affirme l’animateur de Zevillage. Il a remarqué qu’« il y avait peu de coworkers résidents ; on voit à Paris qu’ils ont développé une communauté, à Rennes aussi, ce sont des choses très mouvantes ». Il poursuit : « En deux ans, à mon avis, le passage s’est transformé fondamentalement, c’est un domaine qui bouge très vite. Il faut l’observer de près et il n’y a presque que des cas individuels. »
Xavier de Mazenod pense que l’avenir du coworking ne passe pas par l’État, car « on ne décrète pas la création d’activité ». Il n’écarte pas pour autant les aides provenant de l’État et des collectivités locales qui peuvent investir dans l’offre de cadre d’infrastructure. Il avoue toutefois que « dans le cas de la halle Freyssinet par exemple, la part de l’État est très faible, c’est-à-dire moins de 10 %, et ce sont surtout des investisseurs privés qui prennent le relais, comme Xavier Niel. »

Le spécialiste du télétravail a confiance en un futur radieux du coworking en dépit des obstacles. Les « lourdeurs » et « pesanteurs » managériales organisationnelles n’empêchent pas cet écosystème d’évoluer. « On ne sera peut-être pas tous télétravailleurs dans 20 ans, mais on va augmenter notre proportion de gens qui auront des statuts mobiles au sens large, à distance, en mobilité, un coup chez eux, un coup dans un espace de coworking, un coup dans un espace de coworking, un coup dans l’entreprise… » Ce phénomène impliquera d’importantes conséquences, notamment financières, pour les entreprises et les aménageurs publics. Xavier de Mazenod estime aussi que « le concept de cité du travail à la Défense avec des immeubles partout, ça va prendre du plomb dans l’aile ». Il affirme également l’évolution à grande vitesse du coworking qui, il y a deux ans à peine, était inconnu du grand public. Avec la médiatisation de ce concept, tout le monde en a entendu parler actuellement. Xavier de Mazenod conclut que « le télétravail est aussi en train d’exploser dans les médias et donc on a des vannes qui sont ouvertes, mais on ne sait pas très bien à quelle vitesse ça va évoluer ».

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